Langue picarde
5 idées reçues sur la langue picarde Array Imprimer Array  Envoyer

 

 

Cinq idées reçues sur le picard

u Le picard, c'est du français déformé.

Le picard est une langue d'origine latine qui appartient, comme le français, aux langues d'oïl. Néanmoins le picard ne vient pas du français, il vient directement du latin apporté par les Romains en Gaule, puis il a été influencé par les envahisseurs germaniques à la chute de l'empire romain. Il possède son propre vocabulaire et sa propre grammaire.

Le picard est souvent plus proche du latin que le français (ex : gamba en latin, gambe en picard, jambe en français).

u Le picard, c'est juste un accent

Tout le monde a un accent qui peut-être lié à son origine sociale ou géographique. L'accent picard vient des caractéristiques phonétiques de la langue régionale mais parler avec l'accent picard ne signifie par parler picard. Le picard a son propre vocabulaire qui est souvent distinct du français. Prononcer un mot français avec l'accent picard ne suffit pas à parler picard.

u Il n'y a plus que les anciens qui parlent picard

Il est vrai qu'il y a de moins en moins de gens qui parlent picard et que ceux qui le parlent encore sont souvent des gens âgés. Mais le picard est encore très présent autour de nous dans les noms de lieux, les expressions, les noms de famille. Aujourd'hui, le picard est une langue qui peut s'apprendre et de plus en plus de gens souhaitent le transmettre à leurs enfants.

u Le picard, ça ne s'écrit pas

Le picard s'écrit depuis plus de 1000 ans, mais il est vrai que comme on ne l'apprend pas à l'école, ce n'est pas facile de l'écrire ni de le lire. Cependant, depuis plusieurs années, une orthographe s'est constituée qui permet plus facilement d'écrire et de lire le picard.

u Apprendre le picard, ça ne sert à rien

Apprendre le picard, c'est un choix culturel. Le picard fait partie de l'héritage de la Picardie dont nous pouvons être fiers. Apprendre le picard, c'est favoriser le multilinguisme, notamment dès l'enfance, et faciliter l'apprentissage des autres langues tout en marquant son attachement à son histoire.

 
Le picard, langue de France et de Belgique Array Imprimer Array  Envoyer

 

Le picard est une des 75 langues de France reconnues par le rapport  de Bernard CERQUIGLINI, Les langues de la France, remis au Premier ministre en 1999. En Belgique, le picard est reconnu officiellement comme langue régionale endogène par un décret de la Communauté française de 1990.
Le picard se pratique en région Picardie mais aussi dans le Nord-Pas de Calais (sauf une bonne partie de l'arrondissement de Dunkerque ou la langue régionale historique est le flamand occidental) et en Belgique dans l'ouest de la Province de Hainaut. On peut grosso modo affirmer que le picard, de manière traditionnelle, se parle ou s'est pratiqué du sud de Bruxelles au nord de Paris.
Dans le Nord-Pas de Calais, la langue picarde est souvent appelée improprement "chtimi", "chti" ou simplement "patois".
Le picard, qui occupe un vaste territoire de près de six millions d'habitants, varie selon les zones où il est parlé. Néanmoins, la majorité des différences portent sur la prononciation et les traits communs l'emportent largement sur les différences.

 

Liens :

Le rapport de Bernard CERQUIGLINI : http://www.dglflf.culture.gouv.fr/lang-reg/rapport_cerquiglini/langues-france.html

Le décret de la Communauté française de Belgique :  http://www.languesregionales.cfwb.be/index.php?id=1220#c2159

 
Histoire de la langue picarde Array Imprimer Array  Envoyer

 

Le picard et le français partagent des origines communes, au sein d'un groupe de langues apparentées, généralement dénommées " langues d'oïl ", parlées dans la France du Nord : ces langues ont évolué à partir du latin populaire amené par les légions romaines et adopté par les habitants de la Gaule, puis, à partir du 5e siècle, sous l'influence des parlers germaniques des envahisseurs francs. Le chanteur belge Julos Beaucarne disait que " le wallon est du latin venu à pied du fond des âges ". On pourrait en dire autant du picard… et aussi du français ; simplement, chacune de ces langues a emprunté un chemin légèrement différent ! Peut-être - hypothèse purement gratuite - celui du picard débute-t-il dans la manière particulière dont " nos ancêtres les Belges " (les Gaulois du Nord) prononçaient le latin des occupants, sans doute aussi a-t-il subi une influence plus forte des parlers germaniques (au Nord de la Somme, les Francs sont arrivés plus tôt et en plus grand nombre que vers le Sud, là où on parle " français " et d'autres langues d'oïl). Les échanges avec le flamand, tout proche, sont encore sensibles dans le vocabulaire et la syntaxe du picard, bien qu'il ne faille pas exagérer outre mesure leur influence.



L’un des tout premiers textes en « langue vulgaire » du Nord de la France, la Séquence de Sainte Eulalie, écrit à la fin du 9e siècle dans la région de Saint-Amand, comporte déjà des traces de picard : on y trouve des mots comme coze « chose », diaule « diable », encore utilisés de nos jours dans les conversations en « patois ». L’histoire de la littérature picarde a donc commencé il y a onze siècles !


Cantilène de Sainte-Eulalie

Elle fleurit ensuite entre les 12e et 14e siècles : au moyen-âge, des écrivains prestigieux comme les Arrageois Adam de la Halle et Jean Bodel, ou, en Picardie, Jacques d’Amiens ou Robert de Clari, écrivent en picard. Plus exactement, ils utilisent une scripta hybride franco-picarde, mélange d’ « ancien français » (standard interrégional alors en cours d’élaboration) et de dialectalismes régionaux. Il en est ainsi dans toutes les régions du Nord de la France, mais la scripta picarde jouit au moyen-âge d’une popularité qui dépasse les limites de son domaine linguistique, ce qui permet à des linguistes comme Henriette Walter de parler d’une « exception picarde » : c’était la grande langue de littérature du Nord de la France, comme le Provençal était celle du Sud. Dans le même temps, les textes juridiques de l’époque (en particulier les Chartes) font un usage abondant de cette scripta picarde.

Néanmoins, le picard n’apparaît plus guère dans les textes après le 15e siècle, après s’être quasiment dilué dans le français standard ; il   perd alors toute légitimité comme langue de littérature. Cela ne signifie pas pour autant qu’il disparaît de l’écrit : mais les œuvres  qui sont composées en picard à partir du 17e siècle le sont dans un but de transgression, pour marquer la complicité avec le lecteur, et surtout pour faire rire. Il y a eu une rupture, on est entré dans une nouvelle période, celle de la littérature « patoisante », telle qu’elle perdure encore de nos jours. Du coup, ce qu’il perd en légitimité, le picard le gagne en authenticité et en « pureté » : désormais, on écrit en picard pour ne pas écrire en français (alors qu’au moyen-âge on écrivait en picard en croyant écrire en français...), on « en rajoute », en quelque sorte, sur les différences avec la langue nationale, et c’est ainsi que se constitue véritablement le picard moderne comme langue littéraire.

 

(Texte reproduit  avec l'aimable autorisation d'Alain DAWSON. L'original est consultable sur le site de l'auteur : http://www.picard.free.fr/lgpic/Histoire.htm )

 
Extraits de la Lettre ouverte en faveur du patois de Marius TOURON Array Imprimer Array  Envoyer

Lettre ouverte en faveur du patois

Nibos, él’ seize éd septeimbre 1910


 
Mossieu l’ Ministre,
 
Cha s’roit i jamoés vrai, Môssieu l’ Ministre ? I péroit qué d’vant qui fuche longtemps chés poysans comme nous n’éront plus l’ droit d’ pérleu ein patois.

 


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